Il a désormais le cheveu gris, le pas lourd et pourtant, il demeure cet infatigable visiteur qui chaque semaine, avec la rigueur d’un comptable suisse, compile dans un mail, les joies et les peines de chacun qu’il partage ensuite au reste de la communauté pour qu’ensemble nous priions les uns pour les autres.

Même s’il arbore désormais quelques signes de modernité (uniquement ceux flanqués du célèbre sceau de la pomme), il a gardé pour lui, le goût des «vrais» visites plutôt que les «surfs» rapides sur des profils Facebook bien éphémères.

Mon pasteur, c’est un gars d’la campagne!

Rustre vosgien à la carapace cabossée par une vie bien pleine, il a exercé tous les métiers du monde avant de se consacrer au sacerdoce pastoral.

«Sacerdoce» ; «consécration», voici des mots très peu utilisés pour définir la tâche dans nos milieux évangéliques où l’affaire n’est plus devenu qu’une question d’appel plus ou moins motivé par des intentions égotiques : Se servir plutôt que servir. Derrière «Je veux implanter une église» ou son corolaire plus spirituel, «Dieu m’appelle à implanter une église», se cachent bien souvent des velléités cupides et carriéristes sournoises.

Vous l’aurez compris, mon pasteur n’est pas une sommité intellectuelle du sérail évangélique que vous croiserez en tête de gondole des conventions et séminaires bien fréquentées. C’est un gars de la «peûte» campagne comme on dit à chez nous. Il aura usé toute sa vie ses mains aux tâches drues au point que sa poigne vous brisera les os jusqu’aux derniers craquements.

Et pourtant, il fait partie de ces rares pasteurs encore joignables et disponibles… Pour les grands et petits bobos de la vie, contre les chardons et les lions, il sera ce berger toujours accessible et cette oreille encore attentive.

Compte-t-il ses heures comme ces nouveaux professionnels syndiqués du métier «d’Homme de Dieu» comme ils aiment à se désigner sobrement? Pensez-vous donc?

Que ce soit en hiver quand on ne parvient plus à démarrer sa voiture, ou au cœur de la nuit quand il faut aider une veuve en peine, il sera cette main de la divine providence qui accomplira ces petits riens qui pour nous seront des miracles fort plus impressionnants que les prestidigitations racoleuses de ces télé-évangélistes millionnaires.

Plus souvent dans la poussière que derrière la chaire, il est de tous les déménagements, de tous les enterrements, de toutes les réfections, quand nos thésards boutonneux d’instituts se dorent le front au soleil de leurs blafardes lampes de bibliothèque.

S’il vous arrive de pénétrer un jour dans son bureau, vous n’y verrez que très peu de bouquins hébraïques prétentieux. Au contraire, vous serez surpris par la profusion d’outil de bricolage et envahi par ce sentiment étrange d’être dans un atelier de la vie, de celle de ceux qui ont vécu et qui ont le sens pratique des choses vraies…

J’ai bien conscience d’être un privilégié : Elles sont de plus en plus rares ces communautés chrétiennes urbaines ayant encore en leur sein, cette espèce d’homme d’église à part.

La fonction d’enseignant et de défenseur de la doctrine a malheureusement pris le dessus sur le ministère de pasteur dans la plupart des églises évangéliques. L’individualisation de la société n’arrangeant pas les choses, les aspirants pasteurs sont plus souvent formés aux méthodes anglo-saxonnes de coaching qui les préparent d’avantage à la fonction de communiquant-manager qu’à celle de berger consacré. La fin justifiant les moyens c’est je le crains le prix à payer pour avoir des pasteurs de ville en nombre suffisant pour honorer le défi du CNEF(1) d’une église pour 10.000 habitants.

Pasteur de ville pour dix mille ou pasteurs des champs pour plus que ça ?

J‘ai fait mon choix moi, et vous ?

Chyc Polhit

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Note
(1) Conseil National des Evangéliques de France

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