Ce matin je me suis réveillé contemplatif de l’actualité politique et sociale de mon pays. Je me suis détaché un tant soit peu de ma posture d’activiste, pour investir celle d’observateur objectif. C’est donc avec des lunettes neuves que je porte mon regard sur la crise post-électorale gabonaise et voici-ce que j’y vois?

 

1- LE « JE VOTE, JE RESTE! »

Ce dispositif a été le premier rempart contre les manigances séculières de cette oligarchie « pédégiste ». Cette action civique et citoyenne de ces courageux gabonais a montré au monde entier, toute la détermination de ce peuple à assurer lui-même  la crédibilité de son vote. Le déficit institutionnel flagrant a en effet obligé les électeurs eux-mêmes a assurer ce contre pouvoir essentiel pour garantir la traduction de leur expression collective en vérité électorale. Pour l’avenir, plutôt que de gaspiller l’argent du contribuable dans des technologies hasardeuses (biométrie) et perdre du temps dans des discussions interminables, nous devons encourager l’émergence de cette société civile indépendante pour qu’elle continue de jouer ce rôle de garde-fou dans notre démocratie balbutiante.

2- UNE DIASPORA ACTIVE EST SOLIDAIRE

Les gabonais de l’étranger ont été la caisse de résonance des cris  de leurs frères ayant subit l’effroi de cette répression sanglante sans précédent. D’origines ethniques et sociales diverses, ces gabonais du monde libre se sont organisés autour d’un idéal commun de « Gabon d’abord« , pour démonter le plan machiavélique médiatique d’Ali Bongo aidé de ses puissantes agences de communication. Cette génération 2.0 a su faire un usage intelligent des réseaux sociaux et du lobbyisme militant pour opposer une résistance durable et ciblée.

3- L’ART CONTRE LES ARMES 

L’Art vient parler à l’âme -siège de l’affecte- qui à son tour vient chuchoter à l’esprit -siège de la volonté- qui ordonne au corps d’agir. Les artistes gabonais se sont mobilisés avant et après l’élection confisquée, pour éduquer le peuple en combattant des réflexes habituels comme celui du « On va encore faire comment?« .
Le slogan « Les panthères ont remplacé les chiens » promu par les rappeurs s’est substitué à cette rengaine défaitiste contreproductive. Aujourd’hui, la culture de résistance promulgué par les artistes activistes a transpercé irrémédiablement la carapace du clientélisme situationniste d’une certaine élite.

Contrairement à l’Église qui a brillé par sa complicité avec ce régime assassin, les Hommes des Arts ont permis eux, l’éveil des consciences des gabonais, indépendamment de leur niveau d’étude ou de qualification. Cette Renaissance spirituelle contrecarre parfaitement l’aliénation collective des mouvements « jocktaniens (1) » de ces « born-again » qui prolifèrent sur les ruines et les cendres d’une véritable foi chrétienne réfléchie. Pendant les 50 années moyenâgeuse de potentat « bongoliennes », le clergé du Gabon roulait pour les Nobles et maintenait le peuple à l’écart de la connaissance qui réveille et affranchie. Les artistes ont heureusement eu ce rôle salutaire et libérateur même si ce n’est pas gagner par tout. Il faut continuer à prêcher cette bonne nouvelle contre ces croûteux dépositaires d’une loi « mborantsouenne » qui sacre le perdant avec le sang d’innocents. Cette démarche artistique est dans son essence et par son existence christique tant elle tend à démontrer l’absolutisme d’une divine Loi infalsifiable qui vaut qu’on se sacrifie pour elle.

4- UNE FIGURE DE L’OPPOSITION INTRANSIGEANTE

On peut lui reprocher plusieurs choses (Ses cousinades coupables, son antériorité politique, son flegme déstabilisant, etc)  mais Jean PING incarne mieux que quiconque la détermination du peuple à ne plus copuler avec le diable. Pour rompre avec 50 ans de domination physique, politique et même mentale, il fallait un objet transitionnel totémique autant incarné.

L’obstination monastique tibétaine du Président choisi des gabonais son Excellence Jean PING,  est sans aucun doute le capital le plus précieux de cette résistance. Il ne s’agit pas ici de lutter contre « la chaire et le sang », mais contre toutes les dominations intangibles d’un système clanique hérité du colonialisme.  Quand bien même tout son camp l’aurait quitté pour s’offrir aux bassesses immorales d’un parti diabolique requinqué, le peuple restera mobilisé derrière cette figure devenu héroïque. Nous sommes bien dans la part irrationnelle de l’exercice de la lutte politique… Pour gagner un combat, il faut immanquablement cette dose d’immatérialité féconde. Jean Ping est maintenant plus qu’un pis allé, il est l’objet de la Providence.
S’il meurt empoisonné comme les autres avant lui, c’est au Panthéon des martyres qu’il prolongera ce combat depuis là-haut pour la « débongoïsation » du Gabon.

5-CONCLUSION

A ce stade de la réflexion, j’estime que nous avons déjà gagné. Les turpitudes du dialogue de Bongo vont certainement causer quelques agitations au sein de l’opposition. La question des législatives va davantage bousculer les lignes et créer quelques brèches dans le mur de l’opposition mais sans jamais entamer ce qui est désormais acté: Ali Bongo n’est pas notre président! Il est là par la force. Il n’est même pas notre président par défaut. C’est un imposteur! Nous demeurons dans cette guerre invisible tant qu’il occupera indignement le palais. Cette victoire mentale, et le petit rien qui légitimera tous nos actes durant les prochains mois et les prochaines années s’il le faut. Cette reconquête mentale de notre citoyenneté est acquise grâce à ce combat dialectique remporté. Il ne reste plus qu’à le traduire chaque jour un peu plus en acte. Les reformes institutionnelles vont se faire (sans qu’il n’eut été nécessaire de ce théâtre ridicule) mais surtout Mborantsou et la clique de la CENAP vont être débarqués.

C’est l’évidence impérieuse qui pèse désormais sur la junte « militaro-électorale » si elle veut quémander sur les marchés internationaux quelques subsides financiers pour calmer la gronde sociale et prolonger plus longtemps le soutien d’une armée aux aboies. C’est là une victoire des jeunes qui se sont sacrifiés sur le champ du 31 août dernier au QG de Jean PING. C’est à eux que l’on devra la refonte des institutions et la dépersonnalisation du système politique.  L’agitation dialoguiste des 0%, des inéligibles en quêtes de grâce, des éternelles girouettes n’aura aucun autre but que d’essayer de nous chiper cette victoire morale: légitimer le souverain déchu autour duquel ils s’inclinent. Nous autres nous savons acquises ces réformes nécessaires, mais mieux encore, nous savons acquise l’illégitimité de celui que nous combattons et continuerons de combattre.
Oui! Nous avons gagné! La rue est en ébullition, les syndicats sont mobilisés et déterminés, les partenaires économiques fuient ce système mafieux, la chute du régime est proche.

(1) Joctaniens: Références à Mike Jocktane, un « pasteur-politicien » adepte de l’évangile de la prospérité, surtout pour lui-même.

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