Je me suis interrogé comme sans doute l’ont fait certains gabonais qui comme moi, avec stupeur et effarement ont découvert une fois rentré au pays, certains de leurs amis et anciens camarades de classe militant impudiquement pour la pieuvre fratricide du fils à Bongo. Le choc fut d’autant plus violent que certaines de ces connaissances étaient estimées pour leur intelligence, leur probité morale, leurs valeurs spirituelles et leur éthique chrétienne. La tentation première eut été de les juger en prononçant sur elles une sentence définitive -à fortiori- après les évènements dramatiques survenus récemment au Gabon. L’autre attitude tout aussi répréhensible, aurait été de feindre hypocritement  l’indifférence pour préserver une relation de facto caduque.
J’ai choisi moi au contraire, de tenter de comprendre ce qui pouvait à ce point obscurcir le bon sens et pervertir l’intelligence de nos regrettés frères « pédégistes ».
Sans concessions ni obsessions tribales, je vais m’atteler point par point à décrypter le processus d’aliénation du parti de pouvoir sur le pouvoir de prendre parti.

Je suis du Haut Ogouée, donc je milite au PDG

Sans prendre trop de risque, je crois que c’est la principale raison qui pousse parmi nos plus illustres frères à s’incliner face contre terre, fesses face frère, devant la « bête » immonde du père Omar. Fort d’un sentiment imbu d’appartenir à l’ethnie élue – celle du clan Bongo – certains d’entre nos frères (2) batékés et (3) obambas en dépit de capacités intellectuelles avérées, n’envisagent nullement leur prédestinée sociale et professionnel à l’écart de la fabrique aristocratique clanique « pédégiste ».
Le Parti Démocratique Gabonais est donc indubitablement l’antichambre des promotions professionnelles pour ces « fils du pays« . Ils sont par voie de fait prisonnier de cette matrice qui les broie jusqu’aux dernières considérations patriotiques en faisant passer le bien ethnique avant le bien collectif. Ce sont pourtant les mêmes frères avec qui l’on a partagé des moment de galère dans ces résidences universitaires paumées du nord du nord. Aujourd’hui, au lendemain du 31 août, un brun narquois et avec une inhumanité déconcertante, ils considèrent nos jeunes frères massacrés par les milices sanguinaire de Ya Ali, comme de regrettables dégâts collatéraux.

Je suis téké donc je suis PDG

Je crois moi pour ma part, que l’existence précède l’essence et  qu’il est possible de s’affranchir de ces déterminismes ethniques qui nous divisent dangereusement. Je suis moi même du Haut Ogouée et pourtant j’ai fait un autre choix: Celui d’embrasser la communauté nationale et d’erriger des ponts inaliénables entre les autres tribus.
Je ne veux pas me satisfaire d’appartenir à la caste protégée des « ngwalas » tandis que mes frères « mwa nzang » se font torpiller comme des « cafards » au QG de Jean PING. « Cafards » j’ai bien dit « cafards »! Qui y a t-il de mieux, parler de « cafards » ou être écrasé comme des « cafards »?

Et puis, il y a quelque chose en dessous de l’indécence qui caractérisa l’attitude ignoble de ceux de ma famille « altogovéenne » d’Akébé, lorsque poussée par des harangueurs opportunistes osèrent l’indicible manifestation chauvine pour le « parent » Ali Bongo  pendant que sous leurs pas, les corps tièdes et sans vie de ces pauvres âmes, expulsaient dans les crevasses boueuses de la grise ville.

Source: Marche de soutien à Ali Bongo Ondimba

Je n’ai souhaité dans ce billet d’humeur, m’intéresser uniquement pour l’instant, à cette raison ethnique qui justifiait cette telle aberration morale. Bien entendu il existe de nombreuses autres motivations bien plus déterminantes et critiquables indépendantes du fait ethnique , mais celles ci feront l’objet d’une autre publication.

J’espère toutefois, que mes frères et sœurs « altogovéens » sauront lire entre mes lignes pour y déceler cette timide invitation salutaire à émerger enfin de la facilité égotique. J’espère qu’ils sauront se hisser à la hauteur de ce peuple fier et vaillant J’espère qui sauront saisir le sens de l’histoire et être en exemplarité vis-à-vis des autres peuples assujettis par la puissance militaire détenue par les généraux du G2.  J’espère qu’ils comprendront que notre pays est au bord de la scission et que les frustrations cristallisées dans ces sempiternelles contestations électorales sont au paroxysme du supportable. J’espère qu’ils prendront leur part de responsabilité et oseront le courage de la dignité.

Gabon d’abord!

 

(1) Le Haut-Ogooué est une des neuf provinces du Gabon ; elle comptait 250 799 habitants en 20131. Elle est la deuxième province la plus peuplée du pays après l’Estuaire. Son chef-lieu est Franceville et Moanda est sa principale ville économique (Wikpédia). NB: La veille et le lendemain des résultats, les chiffres sur la démographie de cette province ont été plusieurs fois modifiés pour des raisons électoralistes évidentes. (2) Téké: Les Teke – ou Tékés1 – forment une population bantoue d’Afrique centrale partagée entre l’ouest de la République démocratique du Congo, le sud de la République du Congo et, minoritairement, le sud-est du Gabon. Le terme bateke désigne « le peuple des Teke », le préfixe ba étant le signe du pluriel (Wikipédia). (3)  Le peuple Obamba est un peuple d’Afrique centrale, établi à l’est du Gabon dans la province du Haut-Ogooué, à Okondja, Ondili… non loin du chef-lieu de province Franceville ; il est également représenté en République du Congo. Il est considéré comme un sous-groupe des Mbede-Teke (Wikipédia). (4) G2: Autre désignation codifiée du Haut Ogouée

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