Je vous sais nombreux abonnés à mon blog rassurés de m’entendre à chaque fois dire ce que vous chuchotez si bas. Je vous sais aussi prisonniers d’une fonction qui vous oblige à la neutralité politique ou simplement à la prudence responsable. Je devine donc chacun de vos acquiescement silencieux en »likes » furtifs sur mes « posts »disant beaucoup plus que des « LOL » spasmodiques.
Je suis ici en France loin du Gabon, protégé de la barbarie d’un régime totalitaire qui ne s’embarrasse plus de précautions démocratiques pour mater la résistance. Et, c’est paradoxalement pour cette raison que j’envisage de vous rejoindre là-bas au pays, pour vivre le risque de la pensée libre avec vous. C’est ainsi que j’espère gagner à vos yeux la légitimité du mandataire car en effet, une foi qui n’engage pas, est une foi vaine. Il me faut donner en offrande l’exemplarité de mon courage pour grandir en légitimité.


Au Gabon, il est courant de se targuer du nombre de ses diplômes accumulés pour faire figure d’autorité intellectuelle ou morale. On se fourvoie en agissant de la sorte. La paperasse usuelle qui nous désigne sous des titres ronflants n’atteste que d’une certaine capacité cérébrale à emmagasiner et à restituer des connaissances encyclopédiques. Les titres intermédiaires comme ceux d’ingénieurs ne qualifient eux que des compétences techniques spécifiques. La qualité d’intellectuel escomptée renvoi elle à un statut social bien plus assumée, à un maniement du savoir pour une cause qui nous transcende bien au-delà d’un cadre universitaire. L’oisiveté contemplative des rats de bibliothèque bardés de diplômes comme autant de médailles sur le poitrail de « Jacky Mille diplômes » ne font pas de nous des intellectuels au sens noble du terme.

L’intellectuel c’est celui là dont l’activité ne repose pas que sur l’exercice de l’esprit, mais aussi et surtout, c’est celui qui s’engage dans la société à traduire en réalité matérielle le fruit de ses analyses. De ce point de vu, c’est un militant qui partage au péril de son confort – de sa vie parfois- ses points de vue sur les sujets qui concernent lui et les autres. Prompt à défendre ses valeurs et parfaitement désintéressé, il dispose d’une autorité naturelle conférée par ses paires.  C’est la figure tutélaire de l’ainé telle qu’envisagée dans notre  tradition « bantu » qu’il nous faut cependant distinguer de l’universitaire. Le statut d’intellectuel est donc cette forme post-moderne de valeur de « droit d’ainesse » indépendante du nombre d’années.

Fort de tout ce qui précède, sans fausse modestie mais avec humilité, je me considère comme étant un intellectuel gabonais et je veux à ce titre contribuer à l’essor de mon pays. Je veux pour cela dépasser l’espace de la critique passive assis dans un canapé loin de la dureté des « mapanes » et de la rue. Je veux mêler avec vous autres « gens-bons » du Gabon, les effluves réflexives de mon esprit au parfum de vos savoirs multiples. Et puis, une fois la chose faite, œuvrer collectivement à la vulgarisation de ces ressources révolutionnaires pour qu’elles ensemencent les cœurs fertiles de nos frères résistants. J’ai pour cela grand besoin de plus que des « likes » timorés…
Je vous sais capables d’oser l’analyses en anonyme reclus derrière une posture d’universitaire observateur. J’ai besoin de vos courages partagés en MP (Message Privé) pour me rassurer, moi aussi.

Il n’y a pas de pire silence, que le silence des « gens-bons » à moins que ceux-là, soient en réalité des « jambons ».

J’espère vivement que vous n’êtes pas ces jambons outrés et silencieux qui s’excusent sans cesse de ne pouvoir agir pour telle ou telle autre raison.
Pour finir je vous offre en partage ce dialogue inclusif et sans tabou de la meilleur parodie de film d’horreur. Le drame au Gabon, c’est que ce n’est pas un film, mais la parodie de dialogue est tout aussi horrible…