Depuis le début de mon engagement politique aux côtés de mes frères gabonais, je suis bousculé dans mes convictions éthiques chrétiennes. Il n’est pas aisé en effet de trouver le bon dosage entre indignation légitime et tempérance bienveillante. Conscient des enjeux et de l’urgence de la situation dans mon pays, j’ai dû évacuer dans le fond et dans la forme, les prudences habituelles de la glose de salon de thé qui m’empêchaient d’atteindre la frange la plus déterminée de la résistance. C’est aussi pour compenser le rapport de force à l’avantage de la dictature meurtrière que j’ai concédé à quelques raccourcis satyriques. Les mots sont devenus nos seules armes face aux chars d’Ali Bongo.

J’entends depuis, quelques pruderies monastiques des éternels intercesseurs illuminés de nos chapelles angéliques. Fleur au fusil et mièvrerie en bouche, ils  prient la providence d’assumer leurs lâches insuffisances de contempteur des humanités. Et dans les nuées célestes d’une candeur vaporeuse, ils contemplent passifs les cruautés de ce monde en s’excusant de n’être déjà plus d’ici…

Aujourd’hui c’est lundi de Pâques. Et, sur la barque de ma vie qui tangue ballotée par les humeurs du moment, je scrute l’horizon veillant à bien garder le cap. Comme c’est souvent le cas chez moi en pareil situation, je me réfugie dans la lecture pour puiser les ressources nécessaires, trouver la distance suffisante, et remettre en perspective ce qui le doit être.

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Je puis déjà vous l’affirmer sans hésitation que mon combat est juste et que je ne regrette aucun oubli. C’est dans l’élan du révolté que Pierre tira l’épée contre Malchus (Luc 22.50-51) sans que cela ne lui soit reproché. Il n’aura pas été ce « lâche » observateur discret, comme plus tard au creux de cette terrible nuit où il reniera trois fois le Christ avant que le coq n’eut chanté une fois. C’est ce Pierre taillé dans le roc que je préfère, car c’est celui sur qui fut bâtie l’Église du Christ (Matthieu 16:18 ).
Pierre-feuille-Ciseaux, serait-ce lui l’inspirateur de ce jeu?
Cela m’amuse de le croire parce que, à ce jeu des apparences, celui qui gagne sera toujours celui qui saura tirer partie de ses attributs en restant lui-même. Qu’il couche sur une feuille ses mots tranchants comme des lames d’un ciseau, ou qu’il assène des vérités  lourdes comme des pierres de Mbigou, il finira toujours par gagner. Il bien dommage qu’à l’église à force de convenances « bien pensantes » peu l’ont compris, car ils finissent tous par se ressembler sans saillants ni rugosités!

C’est bien ce que dis: A Pâques, tous les œufs sont gris!