On dit souvent qu’au Gabon tout le monde se connait. C’est le cas.
Beaucoup de gabonais sont dans la même situation que moi. Ils ont des frères, des sœurs, des amis qui militent encore au parti criminel du PDG. Parfois on refuse de les voir tels qu’ils sont en réalité: Les complices passifs ou actifs du criminel Ali Bongo. On se dit pour se convaincre, que la question n’est seulement que politique pour épargner nos relations affectives avec eux. S’il n’y avait pas eu tous ces morts j’aurais souscris sans conteste à cette proposition. Mais le PDG est aujourd’hui incontestablement l’officine d’Ali Bongo à partir de laquelle il rédige les actes d’assassinat collectif des jeunes gabonais. Le pays est donc en guerre et c’est même peu de le dire. Il y a d’un côté, l’armée à la solde du régime et en face, le peuple épris de justice. Juste à côté, tapis dans l’ombre, il y a nos chers proches « pédégistes » qui tiennent les objets de torture et de crimes du régime dans leurs mains éclaboussées par le sang de nos martyres…

Ils se taisent ou parfois applaudissent avec toujours la même couardise de cette nouvelle bourgeoisie aux dents longues.
J’ai connu Ultry Okens à Nancy au sein de l’Amical des Gabonais de Nancy. C’était un jeune homme dynamique, bienveillant ayant un sens aigu de la patrie et de la justice. Avec un certain nombre de compatriote, nous avions participé ensemble à la promotion de la culture gabonaise là-bas en Lorraine. C’était tout une joyeuse tribu mue par ce sentiment puissant d’appartenance à quelque chose de plus grand qui nous transcendait: La Nation. « Entre deux rives » c’est ainsi qu’on avait titré le spectacle monté pour l’occasion, pour porter cette inextinguible aspiration humaniste qui nous faisait nous réaliser entre ces bords de l’Ogouée et  ces berges de la Meurthe

Nous étions le Gabon, un peuple uni et solidaire!

Et puis le temps a passé. Le temps est venu balayer nos souvenirs et nos chemins se sont séparés. Okens a je rejoins lui le PDG qui a cette époque, n’était qu’un vieux machin poussiéreux d’apparatchiks certes cupides mais à certains égards, ayant conservé un sens de la famille et du « Gabon d’abord« . Il a sans doute vu l’arrivée du jeune Ali, comme l’espoir d’une alternance fertile mais sans jamais percevoir ce qui derrière cette fougue cachait en réalité, une terrible propension guerrière et meurtrière.
Et quand au soir du 31 août Ali Bongo a massacré des gabonais comme des bêtes de sommes sans valeurs, il s’est tu. Comme à d’autres, je lui ai accordé une oreille bienveillante et trouvé quelques justifications entendables. Mais voici que fier en doublure du sieur Péa Vivien, il nargue la mémoire de ceux qui ne sont plus. Alors je comprends que la posture est celle de l’homme politique et que je ne peux plus ménager l’ami d’antan. Et voici que dans un post emprunt de nostalgie, je scelle la rupture morale entre nous.

Nous devons tous sans hypocrisie dire aux suppôts d’Ali Bongo qui gravitent autour de nous que pour eux nous n’avons plus la même considération. Nous ne les haïssons pas, nous ne les considérons pas non plus comme des adversaires politiques, mais tout simplement comme des  ennemies de la famille Gabon. En Bantu, on ne peut tolérer qu’un de nos frères valident le massacre d’un membre de la famille. A moins de considérer ces nombreux jeunes « fangs » comme des sous-hommes…

Voici donc tel quel, le post partagé sur le mur de mon ancien ami.

Je regrette que Ultry Okens s’associe à cette farce indigne qui n’est pas à la hauteur de l’estime et de l’amitié que j’avais pour lui. C’est bien dommage… Le pays est irrésolument divisé entre les promoteurs de crimes rituels de masse (massacre post-électoral) et le Peuple « éblouissant et fier ». Je ne comprends pas que l’on puisse pérorer sur Facebook en célébrant avec la candeur d’une vierge, les quelques mesurettes putatives d’un « dialogue » exclusif en ce sens qu’il évacuait sans tabou la raison principale qui en faisait l’essence: la réconciliation nationale suite à la mort de tant de jeune gabonais. Okens dis-moi, quelle mesure a été prise pour faire la lumière sur ces crimes commis au QG de Jean Ping?
Faut-il attendre que la CPI se prononce et que par elle vienne enfin la réconciliation tant espérée entre vous et nous?
Je suis déçu de cette affaissement morale…
Je n’ai d’autres choix que de combattre vos sournoises ambitions de faire de mon pays un état sans droit, où le puissant peut ôter la vie du plus faible sans jamais rendre des comptes. Vous avez choisis de défendre la perpétuation d’un règne quinquagénaire sans partage contre la possibilité d’une alternance vertueuse, cela n’honore pas votre jeunesse. Je crois moi aux vertus prolifiques de l’alternance et de la probité morale qui se nourrissent de cette foi chrétienne qui fonde mon éthique politique. C’est avec beaucoup d’amertume cher Okens que je publie ce post sache le… Je prie que Dieu te libère un jour de l’emprise de cette pieuvre diabolique qui ruine tes espérances et étouffe tes valeurs. Je ne cède pas aux raccourcis faciles en disant cela. Chacun de mes mots est pesé, sous-pesé, mesuré, calibré…
A genoux devant Dieu, debout parmi les hommes, toujours et encore mon leitmotiv!