Quand on est français en Afrique, on ne (se) vous désigne jamais par le terme d’étranger. On se qualifie étrangement par celui très chic d’expatrié (les « expats »). C’est comme s’il y avait pour les occidentaux une acception particulière de l’émigration, comme si y avait dans ce mot « étranger » quelque chose d’indigne dont-il fallait oh! Grand Dieu! Vite se défaire. Peut-être n’étaient-ils jamais étranger nul part sur cette terre tout simplement? Soit explorateurs (Façon correcte pour dire colonisateurs) parfois seulement touristes en vadrouilles, mais jamais « clandestinos »…
Qui pis est dans ces mariages mixtes, où vous ne verrez jamais le partenaire d’origine occidentale s’associer à la miséreuse nationalité de l’autre.

En effet, pourquoi prendre la nationalité gabonaise quand on est français(e)?
Quel bénéfice nous accorde-t-elle ?
Et puis, les démarches administratives sont beaucoup trop longues et compliquées parait-il.
Que croyez-vous ?
Pensez-vous que l’administration française soit plus souple et généreuse que les nôtres?

Heureusement, que mon épouse comprend bien mon choix de rester gabonais et rien que gabonais pour les mêmes raisons qui font qu’elle est toujours française et rien que française .

Je considère avec tristesse le choix de ces africains qui une fois installés en France, se précipitent tous apeurés dans cette démarche intéressée de naturalisation qui trahi chez eux, une forme inavouée d’aliénation culturelle.
Comme il fut insupportable de voir que le Graal qui sacra le jeune Mamadou Gassama fut d’être adoubé du sceau de la francité par Emmanuel Macron!


Pourquoi n’aurait-il pas pu acquérir seulement un titre de séjour de 10 ans comme celui que j’ai actuellement?
Pourquoi fallait-il le revêtir de cette identité artificielle comme si son origine malienne était trop insignifiante pour investir le panthéon des héros.

Me dira-t-on qu’il est plus pratique pour la vie courante d’avoir la nationalité française quand on vit en France. Je vous répondrai que la France d’Albert Camus ne considère comme Étranger que celui qui se rend par lui-même étrange au sort de la communauté. Il n’y a donc aucune nécessité de quémander ce bout de papier pour devenir d’authentiques indigènes et espérer un mieux être matériel. La France que j’aime se rit de ce farfelue et déclame à gorge chaude ces vers de Brassens.

« Elle est à toi cette chanson
Toi l’auvergnat qui sans façons
M’as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid
Toi qui m’as donné du feu quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
M’avaient fermé la porte au nez »

Elle s’offre à tous les « clandestinos », à tous ces auvergnats de Navarre et de Naguère.

Combien sont-ils nombreux à vivre en Afrique depuis des années ces occidentaux, à avoir épousés des autochtones sans jamais avoir songé un seul instant à se frotter à cette bureaucratie pour se faire eux aussi « nègres »?
Même rien qu’un peu…

Je veux rester ce « clandestinos » et chanter avec tous les marginaux qui se reconnaissent dans les paroles de cette chanson que je vous partage ici:

Je vais seul avec ma peine
Seule va ma condamnation
Courir est mon destin
Pour me moquer de la loi
Perdu au coeur
De la grande Babylon
On me dit le clandestin
Car je n’ai pas de papiers
Dans une ville du nord
J’étais parti travailler
Ma vie je l’ai laissé
Je suis un trait sur la mer
Fantôme dans la ville
Ma vie est interdite
Disent les autorités